De plus en plus de Français investissent dans une construction écologique. Et apprennent à rentabiliser leurs installations.

Agriculteur oui, écolo non. Et pourtant. R 29 ans, Frédéric Mougenel, installé à côté de Vichy dans l’Allier, sera dans quelques jours l’un des premiers Français habitant dans une maison à très basse consommation d’énergie. A peine plus ragé, Frédéric Bouché vient d’inaugurer dans l’Essonne le plus grand toit photovoltaïque financé par un particulier. Mille mètres carrés de panneaux solaires faisant office de toit sur une grange flambant neuve. Les deux hommes se retrouvent ainsi à l’avant- garde de la lutte contre le réchauffement climatique et véritables pionniers dans le monde paysan. La motivation des deux hommes n’était pas tout à fait la même.

Je voulais être indépendant en matière énergétique, avec une maison la moins chère possible, explique le premier. Une rencontre opportune avec l’entreprise de construction Maison et Jardin lui dégage l’horizon. Installée localement, celle-ci surfe sur la demande pressante des consommateurs : Aujourd’hui, tout le monde réclame une maison verte, explique Alain Bonhomme, l’un des responsables de l’enseigne. Mais très vite se pose le problème du coût. Un challenge pour cette société qui s’est fait une spécialité dans la construction pour les primo-accédants. L’enjeu ? Montrer qu’avec diverses installations, le surcoût (157 000 euros la maison au lieu de 132 000 euros) est rapidement rentabilisé. Priorité est d’abord donnée aux matériaux offrant une parfaite isolation, notamment des blocs de béton en pierre ponce (société Tarmac).

La maison de quelque 124 mètres carrés est ensuite dotée d’une pompe à chaleur, de tuiles photovoltaïques, d’un chauffe-eau solaire et d’un système très sophistiqué d’aération. Cerise sur le gâteau, des petites cellules placées sur les baies vitrées du salon permettent en été de commander les volets. Trop de chaleur extérieure et les stores descendent, le soleil disparaît, ils remontent.

Le kWh à 57 centimes d’euro

Résultat : avec une consommation annuelle avoisinant les 37,5 kWh par mètre carré, la maison est non seulement beaucoup plus efficace que n’importe quelle habitation traditionnelle (240 kWh/mA˛/an), mais elle se situe bien en deçà des objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement : 50 kWh/mA˛/an pour toute construction neuve à partir de fin 2012. Avec une installation classique, le coût annuel de fonctionnement se situerait aux alentours de 1 600 euros par an. Dans ce cas-là on est à 880 euros, poursuit Alain Bonhomme. D’autant que les 20 mètres carrés de tuiles photovoltaïques produisent de l’énergie que Frédéric Mougenel revend à EDF. Au final, la maison lui a certes coûté 25 000 euros de plus, mais elle sera rentabilisée dans dix ans.

C’est la possibilité de revendre le kWh à EDF à 57 centimes d’euro qui a permis à Frédéric Bouché d’investir dans sa grange. L’idée lui est venue en 2006 : J’avais besoin de construire un bâtiment pour abriter tout le matériel agricole, explique ce céréalier, mais je n’avais pas le premier centime pour la payer. Pour résoudre son problème, il se tourne donc vers le solaire. Certes, aux 250 000 euros que coûte le bâtiment, il faut ajouter un investissement de 750 000 euros pour l’installation des panneaux solaires. Mais le jeu en vaut la chandelle. Les bénéfices attendus de la revente d’énergie couvrent en effet tous les remboursements de l’emprunt (100 % de la somme). L’amortissement est prévu sur dix-sept ou dix-huit ans, ajoute-t-il, sachant qu’EDF de son côté s’engage à racheter l’électricité pendant vingt ans.